Uropi Nove 28* Uropi Nove 28* Uropi Nove 28*

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Provòrd de diu - Proverb of the day - Proverbe du jour

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Apsàne se talvos kulpi  

Les absents ont toujours tort   Die Abwesenden haben stets Unrecht      

   The absent are always in the wrong     Visuomet kalti tie, kurių nėra  

Não hà ausentes sem culpas, nem presentes sem desculpas 

Chi è assente ha sempre torto   

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Profesor Stelipùv setì ru de fole in de kist, itì us hi burò klijan de dor id racì a de muzea wo he inlestì de bib. Tra dias id noce he lisì id relisì de bib, rufrican hi konade in Uropi. Pos u sedia, he findì sia predi po discifro de mandiskrìv. He oprì de kist, nemì us de fole id inizì ki de pri paʒ lisan de titel:

 

Ekia … Midimàr
Uskonade un ankonen Europani.

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I vuc te di mandiskrìv vid publizen pos mi mor, wen i fel ʒa neri. Di bib se de vizdèz u mani we genì pos de Duj Moldi Wer (1939-1945), be som tem te de prosesad Europan unizadi we agenì wa un nom odia Europan Uniòn. Da man felì sia duvim Europan. Da man liamì Europa wo he ʒivì, wo he vaizì, wen he konì ʒe bun id wej cevi lingas he avì leren. Da man bedavì hi tali ʒiv a Europa id pur, he vidì nevos deputen in d'Europan Parlament, id de bevalde in Brusèl orì nevos ov ha; he stajì perfetim ankonen.

Pos de Pri Moldi wer (1914-1918), de Franci governad becizì, po honoro ha, ingrubo ude de Ark Triumfi in Parìs, un ankonen soldàt we kambì id morì anenomim po patria. Zi se de posmori vizdèz un ankonen Europani.

Kapitel  I.  ANKULPI JARE

Europa ? I falì in ja wan i sì u kid, wim Obelix avev dezen. I genì in u magi, plati gorniplania in midi Francia, o po so maj procizi, i genì ne verim in da plania, par je sì traflujen pa u riv id i genì in de val da rivi. Di s'ne un anvezi detàil. Instà avo plati gornipolde distensan tis horizòn wim - un moz imaʒino - se de Ukraini planias, nu avì kline, pastias, pople, govas id os eke miki foste wo, wan kide, nu gusì jego kauboje id Indiane id struo hute ki raste, fole id mos. U miki Normandia bemìd da anmezi plania. Nu felì os na disemi od de liente de planiu, wen nu nomì "de platia" wim is je delev ov de Andi Altiplano.

 Berù de has mi genoris je stì un od da kolne, su wen u trenit renì pas, du vose be dia, tra un anmezi kamipònt. Nu, kide, siudì skalo op di pont, jegan wer, po bombo, ki de railitraki kame, ni anvizli fense, id os ekvos un ancansi campor, we usfalì faro ude de pont su hi traktòr, sim vidan anvolim ni vizli fens.

 I genì eke jare pos de wer (de Duj Moldi Wer, ba in da tem, liente dezì solem "de wer"). France sì jok traumatizen pa de Doski okupad, de kolaborad, id mol maj rarim, de rugonad. Wan mi genore procepì nersane o kogène id disvokì aròn u butèl sidru o vini be vespen - nu avì ne jok televìz in da jare, id lu skucì radiò solem be midià - i orì talvos de som storije ov "les Boches, les Fritz, les Frigolins…" (lu uzì nevos de vord Doske), ov de Kommandantur, de milizore, ov de war stape noci patrulis we detì la tremo in li lede, o wen frajì de aposnen siklor venan od dal.

 I orì de storij ov de munisioni tren bomben pa Kanadane, wa mi pater, we sì jok desalden, vizì od dal - un ankreli artifòj we flì ap tale de tage de viki 4 kme ap id aprisì dore hasis. I orì de storij ov de avikàmb gon Englane sube de vik, wan un od de aviele lasì un inflamen benzini kand falo su de has u seni mani. De has infojì suprù id vidì invaden pa fum id flame, pur de pavri man ustelì vado tis u dor - de initi dor, he kreì sia saven, ba wajim da sì de dor u kabi in wen he inkluzì sia id wo he morì astufen o brenen, o obe.

 In de famìl mi maʒu, gonim, lu vokì nevos ov de wer. Ci pater sì un Espani republikan, we doʒì fligo ap Malaga be ald 11 jaris id vado op tra tal Espania slogan de front, tis he, ki tiliade alten vikten republikane, mozì atogo de Franci frontia. He dezì nit ov da a hi kide id oʒe vokì ne lo Espani; he avì kluzen de dor su hi pasen. Solem mole jare dapòs, wan nu kopì u seni farm id he venì po eldo na ki de restauradi varke - he avì u strui firma - he retalì no u poj, id po de pri vos a hi dota, ov de Espani Civil wer…

Profesor Stelipùv setì niz de fole, perpleti. He sì falan od tanad; dod samole dias he avì nerim ne sopen. Idmàj da storij sì mol strani. Naturim je stì mole vorde wen he incepì ne; oʒe de titel sì un enigma po ha. Uskonade ? He incepì de verb kono, konad, konen, ankonen, ba ka sinì ʒe "uskonade"? Id Midimàr? Foram je doʒì sto u mar bemìd da tere, bemìd da vustia.

Pur, un od hi hipoteze vidì koveren: de fori nom de Westi vustiu si verim Europa: de autor di mandiskrivi sì ʒe "Europan". Ba vidì de mandiskrìv ʒe usdaven ? Anmozli dezo. Tale de rari bibe saven od Ter sì num in de muzea; lu sì verim poje. Id is je vidì publizen, parkà findì lu ja in de grub?

Mole alten keste sì agripan Profesor Stelipùv. Ov ka were vokì da man ? De date sinì ʒe nit: 1914 - 1918, 1939 - 1945: lu sì ne date de kalendari ni Evi. Nekia id nevos su Planet Alfa, id jok min su Ter, un avì finden indike ov un alten kalendar. Id je stì tale da vorde ki magilitere: France, Doske, Englane, Kanadane, Espàne …Sì daze veti Europan tribe ? Sì Franci, Espani, Doski … veti Teri lingas ? Strani os sì de imaʒe ov de kidad da mani …Moz je so veri te je stì  "kline, pastias… traflujen pa u riv … miki foste … ki raste, fole id mos…" za wo je ste num solem un anmezi vustia?

Os mole nome zocis sì ho ankonen: esistì da zoce nemaj su Planet Alfa, o sì je slim te he konì ne de Uropi vorde?

          A SLOGO

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Le professeur Stelipùv remit les feuillets dans la boite, sortit de son bureau en prenant soin de fermer la porte à clé et se précipita au musée pour emprunter le livre. Pendant des jours et des nuits il lut et relut le livre, rafraîchissant ses connaissances en Uropi. Au bout d'une semaine, il se sentit fin prêt pour déchiffrer le manuscrit. Il ouvrit la boite, sortit les feuillets et, commençant par la première page, lut le titre:

Quelque part … la Méditerranée
Confessions d'un Européen inconnu.

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Je souhaite que ce manuscrit soit publié après ma mort que je sens déjà bien proche. Ce livre est le témoignage d'un homme qui est né après la seconde Guerre Mondiale (1939-1945), en même temps que s'amorçait le processus d'unification européenne qui devait aboutir à ce qu'on appelle aujourd'hui l'Union Européenne. Cet homme se sentait profondément européen. Cet homme aimait l'Europe où il a vécu, où il a voyagé, l'Europe qu'il connaissait très bien et dont il a appris les principales langues. Cet homme a consacré toute sa vie à l'Europe et pourtant il n'a jamais été député au Parlement Européen, et les autorités de Bruxelles n'ont jamais entendu parler de lui; il est resté un Européen parfaitement inconnu.

Après la première Guerre Mondiale, le gouvernement français décida d'honorer, en enterrant ses restes sous l'Arc de Triomphe à Paris, un soldat inconnu qui combattit et mourut anonyme pour la patrie. Voici le témoignage posthume d'un Européen inconnu.

 Chapitre 1 les années d'innocence.

L'Europe ? Mais je suis tombé dedans quand j'étais tout petit, comme aurait dit Obélix. Je suis né sur une plaine à blé, immense et plate, au centre de la France, ou plutôt non, je ne suis pas né dans cette plaine, car elle est traversée par une rivière, et c'est dans cette vallée que je suis né. Ce n'est pas un détail sans importance. Au lieu de champs de blé qui s'étendaient à perte de vue comme, on l'imagine, dans les plaines d'Ukraine, nous avions des coteaux, des prairies, des vaches, des peupliers et même de petites forêts où, enfants, nous aimions jouer aux cow-boys et aux indiens et construire des cabanes avec des branches, des feuilles et de la mousse. Une petite Normandie perdue au cœur de cette immense plaine. Nous nous sentions aussi très différents des gens de la plaine que nous appelions "le plateau" comme s'il s'agissait de l'Altiplano andin.

Derrière la maison de mes parents il y avait une de ces collines où passait un petit train, deux fois par jour, en traversant un énorme pont de pierre. Nous, les enfants, nous escaladions souvent ce pont pour jouer à la guerre et bombarder de cailloux du ballast nos ennemis invisibles, et parfois aussi un malheureux paysan qui passait par hasard sous le pont sur son tracteur, devenant ainsi involontairement notre ennemi visible.

Je suis né quelques années après la guerre - la 2e Guerre Mondiale, mais à cette époque-là, on disait seulement "la guerre". Les Français étaient encore traumatisés par l'occupation allemande, la collaboration et, beaucoup plus rarement, la résistance. Lorsque mes parents recevaient des voisins ou des parents pour discuter le soir autour d'une bouteille de cidre ou de vin - nous n'avions pas encore la télévision, et ils n'écoutaient la radio qu'à midi - j'entendais toujours les mêmes histoires sur "les Boches, les Fritz, les Frigolins…" (ils n'utilisaient jamais le mot Allemands), sur la Kommandantur, les miliciens, le pas lourd des patrouilles de nuit qui les faisait trembler dans leur lit, et que redoutait le cycliste attardé venant de loin.

J'entendis l'histoire du train de munitions bombardé par les Canadiens, ce que mon père, alors adolescent, vit de loin: un incroyable feu d'artifice qui emporta tous les toits du village à 4 km de là et arracha les portes des maisons. J'entendis l'histoire du combat aérien avec les Anglais au-dessus du village où l'un des avions laissa tomber un bidon d'essence enflammé sur la maison d'un vieil homme. La maison prit feu aussitôt et fut envahie par les flammes et la fumée, pourtant le pauvre homme réussit à atteindre une porte, la porte d'entrée, sauvé, pensa-t-il, mais c'était malheureusement la porte d'un placard où il s'enferma et mourut asphyxié ou brûlé ou les deux à la fois.

Du côté de ma femme, en revanche, on ne parlait pas de la guerre. Son père était un républicain espagnol qui avait dû fuir Malaga à l'âge de onze ans et remonter toute l'Espagne en suivant le front jusqu'à atteindre, avec des milliers d'autres républicains vaincus, la frontière française. Il ne raconta jamais rien à ses enfants et ne leur parla même pas espagnol; il avait refermé la porte sur son passé. C'est seulement beaucoup plus tard - nous avions alors acheté une vieille ferme et, ayant une entreprise de bâtiment, il était venu nous aider pour des travaux de restauration - qu'il évoqua la Guerre d'Espagne pour la première fois devant sa fille.

Le professeur Stelipùv reposa les feuillets, perplexe. Il tombait de fatigue; depuis des jours il n'avait pratiquement pas dormi. En outre, cette histoire était si étrange. Bien sûr, beaucoup de mots lui étaient inconnus; même le titre était pour lui une énigme. Uskonade ? Il comprenait le verbe kono, konad, konen, ankonen (connaître, connaissance, connu, inconnu), mais que voulait dire uskonade ? Id Midimàr ? Jadis, il y avait dû y avoir une mer au milieu de ces terres, au milieu de ce désert.

Cependant une de ses hypothèses se confirmait: l'ancien nom du Désert de l'Ouest était bien "Europe": l'auteur de ce manuscrit était donc "Européen". Mais ce manuscrit avait-il été publié? Impossible à dire. Tous les rares livres rescapés de la Terre étaient maintenant conservés au Musée et ils étaient si peu nombreux. Et s'il avait été publié, alors pourquoi l'avait-on retrouvé dans la tombe?

Beaucoup d'autres questions assaillaient le professeur Stelipùv. De quelles guerres parlait cet homme? Les dates 1939-1945, 1914-1918 ne signifiaient rien; ce n'étaient pas des dates du calendrier de notre Ère. Nulle part sur la Planète Alpha, et encore moins sur la Terre, on n'avait jamais trouvé de traces d'un autre calendrier. Et tous ces mots avec des majuscules: Français, Allemands, Anglais, Canadiens, Espagnols… étaient-ce d'anciennes tribus "européennes" ? Le français, l'espagnol, l'allemand… d'anciennes langues de la Terre ?

Étranges aussi ces images de l'enfance de l'auteur. Y avait-il vraiment "des coteaux, des prairies … traversées par une rivière… de petites forêts …des branches, des feuilles, de la mousse…", là où aujourd'hui ne s'étendait plus qu'un immense désert ?

Il y avait encore de nombreux substantifs dont le sens lui échappait: les choses désignées n'existaient-elles plus sur la Planète Alpha, ou était-ce tout simplement dû à sa propre ignorance de certains mots Uropi ?

                                                                                                                        A SUIVRE

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Professor Stardust put the leaves back  into the box, came out of  his office locking the door, and rushed to the museum where he borrowed the book.  For days and nights he read the book over and over again, brushing up his knowledge of Uropi. After a week, feeling ready to decipher the manuscript, he opened the box, took out the leaves and, starting with the front page he read the title:

Somewhere … the Mediterranean
Confessions of an unknown European.


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I wish this manuscript to be published after my death which I feel so close. This book is the testimony of a man who was born after the second World War (1939-1945) at the time when the European Unity process started, which was to lead to what we now call the European Union. This man felt deeply European. He liked Europe where he lived, where he travelled, which he knew very well and whose main languages he had learned. He devoted his whole life to Europe and yet he never became a member of the European Parliament and the authorities in Brussels never heard of him; he remained a perfectly unknown European.

After the first World War, the French government decided to honour an unknown soldier who fought and died for his country by burying his body at the foot of the Arc de Triomphe in Paris. Here is the posthumous testimony of an unknown European.

Chapter1 Innocent years.

Europe ? I fell into it when I was a child as Obelix would have said. I was born in an immense flat corn plain in the middle of France, or to be accurate, I wasn't exactly born in that plain because a river ran across it and I was born in the valley. This is not an insignificant detail. Instead of corn fields stretching away as far as the eye could see, as you can imagine the Ukrainian plains are, we had hills, meadows, poplars, cows and even woods where we as children used to play cow-boys and Indians and build huts with branches, leaves and moss. A little Normandy in the middle of that immense plain. We also felt very different from the people on the plain which we used to call 'the plateau" as if it were the  Andine Altiplano.

Behind my parents' house there was one of those hills where a small train ran past twice a day crossing a huge stone bridge. We, children, used to climb up the bridge playing soldiers, and to pelt our invisible enemy with ballast stones. Sometimes our victim was an unfortunate farmer who happened to drive under the bridge on his tractor, thus unwillingly becoming our visible enemy.

I was born some time after the war (World War II, but in those days people simply said the war). French people were still traumatized by the German occupation, the Collaboration and more rarely the Resistance. When my parents welcomed neighbours or relatives in the evening for a talk over a bottle of cider or wine - we didn't have television at the time, and they listened to the radio only at noon - I always heard the same stories about "les Boches, les Fritz, les Frigolins…" (they never used the word Germans), about the Kommandantur, the Milice, the heavy marches of night patrols which made them tremble in their beds and which frightened the late cyclist coming from afar.

I heard the story of the ammunition train that was bombed by Canadians, which my father, who was then a teenager, saw from a distance: incredible fireworks that blew off all the roofs of the village 2 miles away and tore off the doors of the houses. I heard the story of the air battle with the English above the village, when a plane dropped a blazing can of petrol on to an old man's house. The house caught fire immediately ans was filled with flames and smoke, however the poor man managed to reach a door, the entrance door he thought, "saved!", but unfortunately it was the door of a large cupboard where he shut himself in and choked or burnt to death, or both.

In my wife's family, on the contrary, they never talked about the war. Her father was a Spanish Republican who had to run away from Malaga at the age of 11 and walk all the way up through Spain, following the front until he reached the French frontier together with thousands of other defeated Republicans. He never told his children anything about the Civil War, he didn't even speak Spanish to them; he had closed the door on his past. Only much later when we bought an old farm and he came to help us with the renovation work, since he had a building firm, did he evoke the Civil War for the first time with his daughter.

Professor Stardust put down the pages, he was puzzled. He was exhausted, for many days he hadn't had a proper sleep. Besides this story was so strange. There were of course many words he couldn't understand; even the title was an enigma for him. Uskonade? He knew the verb kono, konad, konen, ankonen (to know, knowledge, known, unknown), but what did uskonade mean? And Midimàr? Formerly there must have been a sea in the middle of those lands, in the middle of the desert.

Nevertheless, one of his hypotheses was confirmed: the old name of the West Desert was indeed Europe, so the author of this manuscript was a "European". Had the manuscript been published ? Difficult to say. All the rare books rescued from the Earth were now kept in the Museum and were so few. If it had been published, then why did they find it in the grave ?

Professor Stardust was assailed with many other questions. What wars did that man talk about ? The dates 1939-1945, 1914-1918 didn't mean anything in the calendar of our Era. Nowhere on the Planet Alpha, and even less on the Earth had they found any trace of another calendar. What about all those words with capital letters: the French, the Germans, the English, the Canadians… were they ancient European tribes ? Were French, Spanish, German… ancient languages of the Earth ? Strange also were the images of this man's childhood. Were there really "hills, meadows …where a river ran… woods, branches, leaves, moss…" there, where today was only a vast desert ?

Many nouns were also unknown to him. Did those things no longer exist on the Planet Alpha or was it simply that he didn't understand the Uropi words ?

                                                                                                             TO BE CONTINUED

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